la Marmite du Diable
par kiki le, 13/07/2007Relais Déc 1977 N° 99.
Un conte de Charles Deulin
Au temps jadis, il n'y avait sur la route de Valenciennes à Condé qu'un seul village, ou plutôt un hameau, le hameau d'Escaut-pont. Tout le reste du pays était couvert par l'immense forêt charbonnière qui appartenait aux seigneurs, et, bien que le bois mort n'y manquât point, les pauvres gens soufflaient souvent dans leurs doigts, quand hurbêlait le vent de bise.
En ce temps-là, vivait à Escautpont un marissiau ou marèchal-Ferrand qui avait nom Jean Hullos, mais qu'on appelait communément le Cacheux, ce qui, selon les uns, veut dire le chasseur, à cause qu'il aimait à braconner, et, selon d'autres, le chercheur parce qu'il avait toujours l'air de chercher quelque chose.
Or, un soir d'hiver que le Cacheux rôdait par la forêt, sur le mont d'Anzin, il avisa au loin une lumière rougeâtre qui brillait à travers les arbres.
Jean se dirigea de ce côté, car il gelait fort ce soir-là, et les dents lui claquaient comme le bec des cigognes.
Il arriva bientôt devant une hutte, regarda au travers de la porte et vit un grand feu qui flambait dans l'âtre.
On eût dit qu'il y avait dix lampes allumées tant ce feu était clair et brillant, et pourtant il ne semblait fait ni de bois, ni de tourbe, ni de paille, ni de feuilles sèches, mais bien de grosses pierres noires qui brûlaient comme des tiges de colza.
Trois hommes, trois nains, tout noirs des pieds à la tête, étaient accroupis autour du foyer. Un autre, à la place de Jean, se serait enfui bien vite, mais le marissieau avait la poigne comme sont étau et ne craignait ni vent ni orage.Il était seulement étonné et pensait que ces pierres lui viendraient à point, à lui qui, qui souvent, avait tant de peine à chauffer le gros fer.
Il tira sa pipe et, entr'ouvant la porte, il dit selon l'usage:
- Peut-on l'allumer, nos gens ?
à suivre

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