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RACONTE-MOI MA FAMILLE N°10 La libération de Paris en août 1944
par Paul-Frantz le, 08/08/2021  

“Raconte-moi ma famille...” N° 10 - Récits de famille, racontés par nos anciens.
Par Paul-Frantz VIDAL (famille maternelle à Fouquières-lès-Lens)
"LA LIBERATION DE PARIS EN AOUT 1944 …"


Le récit qui va suivre est absolument authentique et recoupe exactement les évènements officiels qui ont constitué l'histoire officielle de la Libération de Paris.

La période de guerre entre 1940 et 1945 a été un peu particulière en ce qui concerne les orientations respectives des membres de ma famille. Les quatre chefs de famille concernés dans les plus proches, mes deux oncles maternels, mon oncle paternel et mon père, tous avaient des "statuts" différents, voire opposés.
Mon père, fonctionnaire d'état poursuivait sa mission de collecteur de l'impôt, son frère, ayant été reconnu inapte au service, l'avait été aussi pour la guerre et était resté chez lui.
Les frères de ma mère, tous deux militaires de carrière lorsque l'armée française fut coupée en deux, se retrouvent chacun dans un camp. Frantz est intégré dans la nouvelle administration militaire et nommé à l'état-major. Il rejoint Vichy en 1941. Son frère Dartagnan junior, dit "Qinquin", fut "amalgamé" à la 2ème DB au moment de sa création. Il a le grade de capitaine quand, après un an de préparation, la 2ème DB, quitte le Maroc pour l'Angleterre. J'ai retrouvé un document qui indique d'ailleurs qu'il participe, sur le bateau qui l'emmène, aux séances de culture physique. Il avait le souci de rester en forme…
Dans le même temps, sa femme et leurs trois enfants font le voyage pour nous rejoindre à Condom ou mon père s'est chargé de leur trouver un logement.

Le voyage jusqu'à Liverpool durera dix jours. Arrivés le 31 mai 1944, ils ne reprendront le bateau pour la France que le 1er Août pour débarquer sur la plage de Utah Beach. La marche sur Paris commence…
C'est une lente progression à travers la Normandie jusqu'à Alençon, la Sarthe et l'Eure pour arriver à Rambouillet. A la faveur des combats, les relations entre des hommes d'horizons si différents, se resserrent et une véritable fraternité d'arme s'instaure. Ce fût une des grandes forces de la 2ème DB, unie et soudée à son chef, pour qui chacun éprouve une véritable vénération. Ainsi, le capitaine Dujardin et le capitaine Dronne devinrent d'inséparables amis.

C'est cette amitié qui fut peut-être à l'origine de ce clin d'œil de l'Histoire que nous a conté notre oncle Dartagnan Jr.
Ce soir du 21 août 1944, la colonne de la 2ème DB venait d'accomplir une progression énorme vers Paris, en roulant sur près de deux cents kilomètres. Ils sont regroupés avec des éléments d'autres divisions de l'armée américaine, et les officiers sont hébergés dans un grand domaine à l'est de Rambouillet. Le château, réquisitionné pour l'occasion, sert de bivouac.
Alors qu'ils se reposent de leur dure journée, Dronne et Dujardin voient l'ordonnance de Dujardin entrer dans leur chambre, une bouteille à la main :
- Mon capitaine, excusez-moi, je viens de trouver à la cave cette bouteille de Cognac de 1905, et j'ai pensé que ça vous ferait plaisir de…
Autant demander à un aveugle s'il veut voir ! Le petit penchant naturel de notre oncle pour les boissons alcoolisées n'était pas non plus méconnu de ses hommes. Tous deux remercient le zélé subalterne, et débouchent la bouteille.
Je ne sais plus comment les deux compères ont occupé leurs instants entre deux rasades de cognac, mais toujours est-il qu'ils passèrent la plus grande partie de la nuit à parler, et à boire. Peut-être aussi ont-ils joué aux cartes ?

Le jour allait poindre, et ils n'étaient pas couchés. Curieusement, tous deux se sentaient bien, euphoriques et détendus. Le cognac, vieux de presque quarante ans, y était peut-être aussi pour quelque chose ? A cet instant, Dartagnan se sentant d'humeur vagabonde propose :
- Et si on allait prendre le café à Paris. On est à trente kilomètres de la porte d'Orléans, les bistrots ouvrent vers cinq heures trente, on a le temps de faire l'aller-retour avant la réunion d'état-major du matin… ?
La proposition fut acceptée à l'unanimité des deux comparses. Le temps de réveiller un chauffeur, de lui faire préparer une jeep, et voilà notre duo en route vers la capitale.

Dans leur inconscience de la réalité de la situation, les deux capitaines s'engagèrent en terrain ennemi, sans aucune protection, ne pensant qu'au "petit noir" qu'ils allaient savourer sur le zinc d'un café parisien. Sûrement que les bonnes étoiles du cognac hors d'âge veillaient sur eux, car ils arrivèrent à la porte d'Orléans sans rencontrer le moindre uniforme allemand.
Il devait être presque six heures du matin, les cafés ouvraient à peine, et les ouvriers arrivaient pour leur petit "café chicoré" à la "saccharine" avant de prendre leur métro.
Bien sûr, on savait que les troupes alliées étaient en France, débarquées en Normandie depuis le 6 juin, mais les informations contradictoires, quant à leur avance vers la capitale, ne pouvaient laisser penser qu'une telle apparition puisse s'offrir aux rares passants matinaux de cette fin de mois d'août. On peut imaginer ce qui a pu se passer alors, quand la grosse jeep, modèle "command-car" de la 2ème DB, vint se garer contre le trottoir, devant l'une des terrasses aux chaises encore empilées. Habitués depuis quatre ans ne voir que des militaires allemands, il est probable qu'en voyant arriver nos deux compères et leur chauffeur, les quelques témoins n'ont guère prêté attention à cet équipage militaire. Toutefois, il a suffi que l'un d'eux soit plus observateur ou perspicace. En effet, il n'était pas courant de voir les véhicules allemands arborer une grande étoile blanche sur le capot. Les casques, que portaient ces soldats sortis de la nuit, n'avaient pas non plus la même forme. Ils n'avaient pas ce décrochement sur le côté, et ce débord sur la nuque à l'arrière, qui laissent encore dans les mémoires ce frisson de peur ressenti à la seule vue des hommes qui les portent… Ce fut alors le premier cri :
- Hé, regardez, c'est des Américains… !

On s'attroupe déjà autour du véhicule, chacun tente de retrouver quelques mots d'anglais en guise de bienvenue. Le sourire des arrivants et leur assurance fait chaud au cœur des badauds qui n'en croient pas leurs yeux. Soudain la surprise est à son comble quand l'un des visiteurs casqués s'écrie :
- On est français… ! De la 2ème DB de Leclerc… !
- C'est des Français… C'est l'armée française, on est libérés… Reprennent des voix autour de la place.

Les soldats de Leclerc ne descendent pas de leur véhicule, non, ils sont happés, portés en triomphe. Le succès dépasse ce qu'ils avaient pu imaginer, ils ne comptaient pas sur cet accueil exalté. On finit par se retrouver à l'intérieur du grand café. Les trois militaires, près du comptoir, entourés d'hommes et de femmes dont la joie immense éclaire les visages, s'excusent presque d'être là :
- On est venu prendre un café…
Ils sont pressés de questions : Où est la troupe ? Quand les chars vont-ils arriver ? Et Leclerc ? Et de Gaulle ?
On ressort la boîte de "vrai café", acquise au marché noir, une bouteille de vieux calva laisse échapper des arômes qui rappellent le "bon temps"…

Qu'il fut bon ce "jus", pris sur le zinc dans ce petit matin d'été, entourés de la chaleur amicale d'admirateurs inconnus. Ils en ont oublié un instant les heures dures et les combats, les trop nombreux frères d'arme déjà tombés depuis le débarquement, et la dure discipline militaire…
Mais il faut bien que l'on se quitte, alors on se promet de revenir, très vite, avec tous les autres, pour fêter ensemble une liberté retrouvée.
Car cette liberté, elle n'est pas encore là pour les parisiens. Les armées alliées les plus proches sont à Rambouillet où Eisenhower, le Général en Chef, a établi son poste de commandement. Et Paris est aux mains des Allemands qui comptent bien ne pas se rendre, allant même jusqu'à projeter de détruire la ville plutôt que de l'abandonner.

Sur le chemin du retour, Dronne et Dujardin, maintenant dégrisés, n'ont qu'une crainte, rencontrer une patrouille allemande. Pourtant, c'est sans aucun problème que leur véhicule file jusqu'à leur cantonnement à Rambouillet.
Cette escapade de copains en "goguette", qui aurait pu se terminer tragiquement, eut pourtant deux conséquences importantes qui ont sûrement pesé sur le destin des Parisiens.

La première est venue de certains témoins de leur passage éclair à la Porte d'Orléans. En effet, il s'est sûrement trouvé, parmi les ouvriers présents, un ou deux membres des maquis locaux, peut-être des communistes, qui ont aussitôt averti leur réseau de la présence des troupes de Leclerc aux portes de la capitale. Toujours est-il, et c'est un fait historique, que le Commandant Roll Tanguy, communiste et chef de la résistance à Paris, a entamé la lutte ouverte contre l'occupant avec au moins une journée d'avance sur toute logique militaire, en se lançant à l'assaut de la Mairie de Paris.
La seconde, est le constat évident que Paris n'était pas défendu le long de l'axe de la Nationale 20. Une colonne rapide et puissante pouvait donc, sans difficulté pénétrer jusqu'à Paris.
C'est justement cette information que Dronne et Dujardin voulurent aussitôt communiquer à leur chef, le général Leclerc. Mais, celui-ci n'eut pas la réaction escomptée. Apprenant leur aventure, il refusa de les recevoir et entra dans une rage folle contre ses deux officiers, pour avoir enfreint toutes les règles de prudence et désobéi aux ordres.
Il les mit tous deux aux arrêts, les menaçant même du conseil de guerre. Ce n'est que dans l'après-midi du 22 août qu'il comprit enfin le parti qu'il pouvait tirer de cette information.

Enfin calmé, Leclerc convoqua les deux indisciplinés afin qu'ils fassent en détail le récit de leurs observations. Ce n'est qu'après qu'il forgeât sa certitude qu'il fallait foncer sur Paris. Mais pour cela, il fallait d'abord l'accord du commandement américain. La deuxième DB étant rattachée à l'armée du Général Paton, lui-même soumis à l'autorité du Général Eisenhower. Ce dernier avait ordonné de ne pas pénétrer dans Paris, de le contourner et de filer droit vers l'est. Il ne souhaitait pas diluer ses forces dans d'inutiles combats de rue.
C'est donc une modification majeure des plans de guerre alliés que Leclerc dut obtenir. Il fut persuasif, et il finit par obtenir que sa DB fonçât vers Paris.

La suite est inscrite dans les plus belles pages de la libération de Paris.
Le 24 août 1944, deux colonnes foncent, l'une vers l'ouest et la Porte de Saint Cloud, la seconde au sud, par la nationale 20, sous la conduite de Dio, Billotte et Dronne. Les chars de la 2ème DB ont pénétré dans Paris, sous les ovations des parisiens, tandis que Leclerc faisait tomber sur la ville des milliers de tracts informant les habitants de l'arrivée de Français pour les libérer. L'entrée du 24 août dans Paris ne se fit pas seulement par la porte d'Orléans, comme imaginée. Une forte résistance allemande rencontrée du côté de la Croix de Berny, obligera Dronne à obliquer vers la Porte d'Italie, d'où il filera directement sur l'Hôtel de Ville.
La légende gardera le nom de Dronne comme celui du premier officier français entré dans Paris par la Porte d'Italie. On ne dira rien sur Dujardin.

Je rapporterai enfin un dernier commentaire que nous a livré notre oncle Dartagnan de leur folle équipée : la petite frustration d'avoir été pris pour des Américains quand ils ont été aperçus lors de leur "raid café". Il ne pouvait pourtant pas en être autrement, leurs uniformes étaient américains, les armes, les véhicules, tout était américain… C'est sûrement une des raisons qui avait poussé Leclerc, au début de la campagne, à faire inscrire des noms français sur les plus gros éléments de son armée.
Ainsi, quelques chars sont devenus célèbres par le nom des villes françaises qu'ils portaient : Romilly, Champagne, Bourg-la-Reine…etc. Certains officiers ont aussi inscrit des devises en français sous le pare-brise de leur jeep. La plus célèbre fut sans nul doute celle du Capitaine Dronne, encore lui, qui inscrivit en lettres blanches cette sentence : "Mort aux cons".
Plusieurs fois, Leclerc lui demanda de l'effacer. Plusieurs fois il promit, mais ne fit rien. Si bien que, lors de la grande parade de la victoire, le 25 août sur les Champs Élysées, de Gaulle aperçut le véhicule et son inscription, il se serait alors tourné vers Leclerc, et aurait seulement dit :
- "Vaste programme… !".

Si on vous disait maintenant que Paris fut libéré grâce à une bouteille de Cognac "Hors d'âge" et deux joyeux compères indisciplinés, ça ne ferait pas sérieux, et pourtant… !

A bientôt… ! Pour d'autres récits !


 


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